Monsieur Laurent Péloquin de la boutique Atmosphère sur la rue King Ouest à Sherbrooke est l'initiateur du projet qui a débuté en novembre 2008. Une séance d'information tenue à son magasin un soir d'automne a attiré plusieurs amoureux de plein air et de montagne. Après mûre réflexion, 17 personnes, la plupart néophytes ou presque en haute altitude, (je ne veux surtout pas vexer quelqu'un et je m'inclus dans les non-initiés) ont accepté le défi de Laurent. Il s'agissait de former un groupe homogène en s'initiant durant l'hiver à diverses activités reliées à la haute montagne en guise d'entraînement et de formation avec comme l'objectif d'atteindre le plus haut sommet des Alpes à l'été 2009.
Durant l'hiver, j'ai épié via internet leurs nombreuses escapades. Sortie au mont Godsford à une température de moins 30 degré celcius, initiation à l'escalade de glace au Vermont, soirée au mont Orford, etc. Ne pouvant pas participer à ces nombreuses activités, j'ai décidé de prendre mon entraînement en main, d'une façon très urbaine, à la Rocky Balboa avec la douzaine d'oeufs cru en moins. Continuant mon entraînement en salle, j'ai intégré un pèlerinage de 8 semaines avant mon départ pour Chamonix. Trois fois par semaine, je me rendais à la Basilique de Fourvière avec sac à dos rempli de livres de voyage et de livres de médecine appartenant à ma blonde, bien sûr, pour simuler la charge que j'aurai à porter et à endurer en montagne.
Mon sac à dos d'entraînement...
Je sais (rire!!!!) je suis costaud mais je ne pèse pas 85 kg (187 lbs). À vous de deviner la charge que je portais sur mes épaules lors de cette pesée officielle supervisée par la firme Audet-Audet et Audet.
D'un pas très rapide je me dirige vers mon objectif, la Basilique... Merci chérie de m'avoir encouragé...
À partir de là, c'est le "sprint" jusqu'en haut...

Je prenais 2-3 secondes de récupération en observant la ville de Lyon à partir de la terrasse de Fourvière... Et je faisais le chemin inverse.
Vous voyez le dôme (l'opéra) en bas à gauche??? Nous demeurons en face de l'opéra, de l'autre côté des arbres...

Fier comme un paon... Je me sens prêt pour le mont Blanc avec une légère innocence... Vous allez comprendre plus loin.
Fier comme un paon... Je me sens prêt pour le mont Blanc avec une légère innocence... Vous allez comprendre plus loin.
À la gare de Part-Dieu juste avant mon départ... Marie-Eve faisait d'une pierre 2 coups: elle m'accompagnait bien-sûr pour saluer son amoureux et plus tard, elle prenait la navette pour l'aéroport et "up" direction Montréal... Elle avait un congrès dans la métropole et elle prévoyait passer un petit moment dans sa famille à St-Henri...
À mon arrivée à Chamonix, j'ai été accueilli à la petite gare "Les Moussoux" par le chef de l'expédition (M. Péloquin) et par mon pot J-F. Très heureux de leur présence, je suis fébrile de rencontrer les autres membres du groupe et de pouvoir fraterniser pour une semaine, avec une bande de québécois. J'avais à peine fait connaissance avec mes coéquipiers de la montagne, qu'on était invité, par ce beau dimanche après-midi à une initiation (pour certain) à l'escalade de roche. Comme première journée de vacances, ce type d'activité me convenait parfaitement.

Un petit "step" et tu seras rendu Denis....
La fierté d'un homme après avoir réussi une de ses premières grimpe. Bravo Denis!!!
Le Clair Logis, notre quartier général à Chamonix. Un endroit magnifique entouré de montagne et à 10 minutes de marche du téléphérique de l'aiguille de Midi.
On nous a suggéré d'avoir en sa possession un petit "kit" de bouffe de survie en cas de pépin majeur pour amener en montagne. Donc, avant le souper moi, François "l'avocat", Martin le "médecin" du groupe et J-F le "pompier" partons faire nos courses dans le but d'acquérir les choses manquantes. Sur le chemin du retour, un membre du quatuor a suggéré d'arrêter prendre une bière... Je ne la nommerai pas pour ne pas la trahir, mais cette personne n'avait pas vu des québécois depuis fort longtemps.... Bien-sûr, nous sommes arrivés en retard pour le souper avec une excuse très louable racontée avec aplomp et sérieux par notre comparse François "l'avocat". Cette histoire disait que nous étions tombés sur une personne en arrêt cardio-respiratoire et étant connaissant des manoeuvres de réanimations, nous étions intervenus pour sauver une vie. Je crois qu'il y a eu des septiques dans la salle à manger mais quelques-uns ont cru cette histoire...
Les 4 rebelles...
La vue depuis notre habitation...
Le béton de Lyon commençait à m'étouffer... Un ressourcement pour moi cette vision...
Je vous présente les membres de l'expédition...
Un petit "step" et tu seras rendu Denis....
Les 4 rebelles...
Je vous présente les membres de l'expédition...
Debout de gauche à droite: Laurent Péloquin (chef de l'expédition), Hugh Gwyn (le doyen), Martin Thiboutot (Guide), Martin Paquet (médecin en chef), Jean Lussier (cinéaste et raconteur), Mathieu Lussier (le cadet), J-F Paré, ("Maurice", l'intrus ), Gaétan Leclerc (le survivant), Lynda Beauregard/Lussier (la maman).
Agenouillé de gauche à droite: Stéphane Marois ("Richard", l'intrus), Line Beauregard (l'émerveillé), Pierre Lafrance (l'informatitien), Martine Boisvert (la psy), Marc-André Trifiro (le sympathique), François Bernatchez (l'avocat), Denis Giguère (le "pit bull").
Pour cette première journée en altitude, nous nous sommes rendu à l'Aiguille du Midi à 3842 m en début d'avant-midi pour commencer notre acclimatation en douceur. Nous avons flâné, discuté et pris ce moment d'une manière relaxe.
(Rire!!!) Ici, on peut apercevoir les deux intellectuels du groupe... Une image vaut milles mots...

Pas facile la montagne...
Dans le planigramme de la journée, une première petite course était prévue pour se rendre au refuge des Cosmiques (3613 m) et s'y loger deux nuits pour aclimater notre système au variation d'absorption de l'oxygène par notre corps. Le départ se fait ici, juste à l'embouchure de la grotte.
En ce lieu spectaculaire, l'arête, cette ligne de marche qui nous conduira au refuge effraie un peu la première fois que nous y posons nos crampons.
C'est un départ... Le temps est magnifique, on m'immortalise devant une arrière-scène des plus grandiose...
Pendant que nous nous dirigions vers le refuge des cosmiques (3613 m), des braves préparaient leur campement pour y passer la nuit...

Nous, confortablement, assis au chaud en attendant notre copieux repas du soir... Très différent de l'Afrique (Kilimanjaro) où Marie et moi avons fait l'ascension en octobre 2008.
Notre chef à choisi l'itinéraire des Trois Monts pour atteindre le sommet. Voici le descriptif de l'itinéraire: Suivre la voie normal menant au Mont Blanc du Tacul. A l'épaule du Tacul 4075m traverser pour rejoindre le col Maudit. Remonter les pentes du Mont Maudit pour rejoindre à droite du sommet, le col du Mont Maudit 4345m. Le passage sous le col du Maudit peut être en neige ou en glace (50m à 50°, relais sur sangles dans les rochers au milieu de la pente) et au sommet sur pieu à neige (ancrage à vérifier). Traverser à flanc pour rejoindre le col de la Brenva 4305m. Gravir alors le mur de la Côte et les pentes sommitales pour atteindre le sommet du Mont Blanc 4807m.
Mardi, 30 juin 2009
Pour cette première journée en altitude, nous nous sommes rendu à l'Aiguille du Midi à 3842 m en début d'avant-midi pour commencer notre acclimatation en douceur. Nous avons flâné, discuté et pris ce moment d'une manière relaxe.
(Rire!!!) Ici, on peut apercevoir les deux intellectuels du groupe... Une image vaut milles mots...
Nous, confortablement, assis au chaud en attendant notre copieux repas du soir... Très différent de l'Afrique (Kilimanjaro) où Marie et moi avons fait l'ascension en octobre 2008.
Mardi, 30 juin 2009
Première véritable journée en montagne, le temps est superbe, nous sommes excités. Notre chef d'expédition a prévu de se rendre au sommet du Mont Blanc du Tacul (4248 m). Nous sommes un peu gauche, il faut apprivoiser la montée en cordé, les crampons, le piolet, les enchainement avec la corde lorqu'on change de direction etc... Pour ma part, ce fût une bonne journée d'apprentissage. Surtout, j'ai pu constater à notre retour qu'on ne contrôle pas la météo. En peu de temps, le ciel s'est transformé, du soleil radieux, nous sommes passé à l'orage électrique avec une averse de grêlon opaque. Nous avons donc désescaladé une portion assez abrute dans des conditions pas trop favorables. Heureusement, en peu de temps, l'averse a cessé, les nuages ce sont dispersés et nous sommes rentrés...
Mes premières rencontres avec des séracs (chaos de blocs et de crevasses sur un glacier)


Je contemple les cimes, l'horizon, la nature...


Notre dortoir: nous avions beaucoup d'intimité comme vous pouvez le constater... Une des particularités des effets de l'altitude sur le corps humain est que notre système va privilégier le bon fonctionnement des organes vitaux et négliger le système digestif (flatulences au rendez-vous). Avec cette proximité, en plus d'avoir des bouchons pour ne pas entendre les ronfleurs ou ses propres ronflements, il aurait fallu un pince-nez... (rire...)
Ce soir, on se couche avant le crépuscule car le levé est à 5h00 du matin et tous espèrent passer une bonne nuit pour récupérer.
Mercredi, premier juillet 2009
Mes premières rencontres avec des séracs (chaos de blocs et de crevasses sur un glacier)
Mercredi, premier juillet 2009
Pour cette deuxième journée en montagne, Laurent veut qu'on évolue le plus loin possible jusqu'à 10h30 AM car il faut revenir prendre le téléphérique en fin d'après-midi. J'ai relativement passé une bonne nuit, l'ingestion de cachets de gravol m'a assommé quelque peu. Par contre, des réveils fréquents, des rêves bizarres mais pas de mal de tête. On quitte le refuge très tôt ce matin, la première heure est pénible, mes jambes sont lourdes, je suis le rythme de Martine.
J'essaie d'avoir une attitude "zen" en général (je travaille très fort) et de respecter les différences du mieux que je peux et d'adopter le slogan "VIVRE ET LAISSEZ VIVRE". Mais là, ?????????????
J'essaie d'avoir une attitude "zen" en général (je travaille très fort) et de respecter les différences du mieux que je peux et d'adopter le slogan "VIVRE ET LAISSEZ VIVRE". Mais là, ?????????????
On est en altitude, c'est dûr et exigeant. Pour ma part, je ne me verrais pas faire une pause clope entre une crevasse et un sérac en cherchant à retrouver mon souffle... Mais bon, ce qui convient
à l'un, ne convient pas nécessairement à l'autre et ceci s'applique dans mon cas aussi...
J'en profite pour prendre plusieurs photos, sachant fort bien que lors de l'ascension finale pour le sommet, les occasions seront moindre en raison de la concentration nécessaire, du froid et de la fatigue...



Cette photos a été prise de la rimaye (profonde crevasse qui se forme entre un glacier et une paroi rocheuse). C'est le plus haut qu'on atteindra aujourd'hui. On sent que le sommet du mont Maudit est très proche mais la dernière partie est beaucoup plus technique. Rien n'est gagné, c'est de l'inconnu... Mais le fait de me retrouver à cet endroit me donne une énorme confiance pour le sommet, ma démarche en crampons s'est améliorée, je me sens d'aplomb pour attaquer le point culminant.
L'Aiguille du Midi (3812 m) et le refuge des Cosmiques (3613 m)...
En revenant vers le refuge, au millieu de notre pause, un mec se pointe seul avec son parapente. Il nous dit bonjour, met en place son attirail et s'envole tout simplement vers Chamonix. Quelle belle façon de faire sa marche de santé...



Une des trois cordées du groupe...
Quelle bonne grosse journée!!! Nous avons failli manquer le téléphérique nous conduisant à Chamonix en fin d'après-midi. Les orages et le mauvais temps ont devancés le dernier départ. Il était moins une!!!! Ce soir, on retrouve notre quartier général dans la vallée pour se reposer, prendre une douche et se donner du bon temps avant de retouner au refuge des Cosmiques pour l'ascension finale.
L'apéro...
Émilie et Marie ont gardé le fort durant notre absence et elles ont eu la gentillesse de nous préparer un succulent repas.
De retour tranquillement vers la "maison", un peu plus long qu'en parapente...
L'apéro...
Regardez la belle table qu'elles ont montée...
Merci Marie et Émilie pour ce bel accueil...
Journée de repos, je décide de rester au Clair Logis avec J-F et Gaétan pour un repos complet. Les autres sont partis visiter le glacier. J'ai envie de me retouver seul, d'être dans ma bulle, je veux faire le sommet, pas à tout prix mais je vais pousser au maximum, je le sais. Je sens que cette journée à ne rien faire sera bénifique pour moi.
Ce soir, après avoir avalé ce délicieux dessert, Laurent en bon chef d'expédition, nous a demandé de nous exprimer concernant nos attentes pour le jour "J", c'est-à-dire l'ascension finale. Ce fût un moment intense, émotif et très humain. Chacun d'entre-nous, à tour de rôle, a pu s'affirmer et expliquer son point de vue.
Nous sommes à l'Aiguille du Midi, nous nous préparons à partir pour le refuge des Cosmiques. Suite à la réunion d'hier, six d'entre-nous ont pris la difficile décision de ne pas tenter le sommet pour des raisons personnelles. Bravo à vous six pour votre courage et votre honnêteté.
C'est la fameuse crête de départ de l'Aiguille du Midi que l'on emprunte pour se diriger vers le refuge des Cosmiques à 3613 m d'altitude.

On peut apercevoir le refuge au loin...

Une fois rendus au refuge, notre plan consiste à manger et à se coucher. Le départ est prévu ce soir dans la nuit de vendredi à samedi à 2h00 AM. J'ai de la misère à trouver le sommeil, je suis fébrile, j'ai hâte de partir, je me sent prêt.
L'astre monte le bout de son nez. Enfin!!!! Je vais pouvoir me réchauffer...

J'apprécie le spectacle!!!!!


On s'approche de notre objectif... Un pas à la fois!!!!
Au sommet du Mont Maudit...
(Rire!!!) Sans le savoir, il nous restait au moins 3 heures de marche pour atteindre le sommet...

À cette hauteur, le manteau en duvet était nécessaire...
On est proche de notre but, pour ma part, je me sens bien et je suis confiant que notre cordée atteindra le sommet. Le seul doute qui m'habite c'est le facteur "temps".
Martin P, Denis et Martin T... Pendant une pause...
Je scrute l'horizon à la recherche du sommet que je vois à peine, ça ne finit pas de finir... Je reste positif comme d'habitude. Il est 7h24 (à 2h00 du sommet).


Notre progression vers le zénith... Nous sommes dans une bulle...
9h30 LE SOMMET... ENFIN!!!! QUEL BEAU COMBAT!!!



Des risques d'avalanche nous avaient empêché d'atteindre le sommet du Cotopaxi en Équateur en 2007 mais là on y est mon J-F...

Laurent, Lyne et Gaétan...
VICTOIRE!!!!

L'ÉMOTION!!! LA JOIE...


Laurent pose fièrement avec le drapeau de la fondation Santé Globale. Chacun d'entre-nous a déboursé pour appuyer ce programme qui permet à des jeunes de développer l'ensemble de leur personne tant au plan physique, intellectuel, social qu'affectif.

Cordée de quatre: Martin P, Martin T, Denis et moi-même...

Cordée de trois: Martine, François et J-F...

Cordée de trois: Lyne, Laurent et Gaétan...

BRAVO!!!!! À TOUT LE MONDE...
C'est bien beau tout ça, mais il faut revenir... On n'était pas sorti du bois...







Notre retour a été ponctué de plusieurs péripéties hors du commun. L'une d'entre-elle est que l'un de nous est tombé dans une crevasse. Je n'ai pas assisté à cet événement car j'étais beaucoup plus haut dans la paroi et il grêlait tellement fort que la visibilité était nulle. De plus, le vent et les grêlons qui frappaient mon gore-tex m'empêchaient d'entendre quoi que ce soit. Vu ces circonstances, je ne voulais pas écrire n'importe quoi à ce sujet, donc j'ai communiqué avec Gaétan "le survivant" pour lui demander d'écrire un récit sur l'incident. Par conséquent, le long paragraphe que vous allez lire en-dessous est de la plume de notre ami Gaétan.
NOTE AUX LECTEURS : Il faut retenir que ce texte n’a pas pour objectif de mettre l’emphase sur la pertinence des décisions prisent durant notre ascension. Il serait trop facile de jouer au " gérant d’estrade ". Il n’y a pas eu de blessé, tout le monde est revenu sain et sauf. Tout est parfait.
LA MONTAGNE ET LA CREVASSE
Alors, quand on parle d’ascension de montagne, il nous vient souvent des images comme l’arrivée au sommet, la joie commune, une vue à couper le souffle sur un immense horizon et rarement les avalanches et les crevasses. Exception faite des avalanches, notre groupe a eu le plaisir de connaître le plaisir d’atteindre le sommet et les problèmes de crevasse, le tout dans la même journée. Laissons donc à Stéphane le plaisir de vous parler de l’ascension elle-même et consacrons-nous plutôt à l’autre volet soit la fameuse crevasse. Pour tout vous dire, depuis notre retour, mes amis ont pris l’habitude de m’appeler " la crevasse ou bien la craque ". Quelle marque d’amitié venant de mes amis montagnards.
Première interrogation importante ! Que faisait-elle là! Et comment est-elle arrivée là ?
À vrai dire, elle n’y était pas lors de notre monté (vers 3h00 du matin) pour simplement apparaître vers 6h00 du matin. Sachant qu’un glacier bouge sur plus d’un mètre par jour en moyenne, il est facile de comprendre qu’à 15h00, lors de notre retour par le Mont Blanc du Tacul, la nouvelle crevasse était en attente de " ses premiers cobayes ". Durant l’ascension, quelques personnes nous avaient déjà mentionné l’existence " d’une nouvelle crevasse " plus bas sur ce mont sans toutefois nous préciser son endroit exact et encore moins l’ampleur de celle-ci. Nous ne savions donc pratiquement rien de ses paramètres mais il était sûr qu’elle était là à nous attendre.
Comme tout le groupe a atteint le sommet du Mont Blanc, nous avons vécu les joies assez exceptionnelles que cela procure. Aussi intense que soient les émotions, il faut tout de même revenir au bercail ce qui dans notre cas, demandait un travail de 5 à 6 heures. De plus, nous commencions à réaliser que nous devrions traverser à nouveau la section problématique sans toutefois connaître le trajet sécuritaire. Le mouvement du glacier était trop récent pour que les guides de montagne aient déjà refait un itinéraire sécuritaire. Il leur faut quelques jours pour cela. Chaque pas nous rapprochait donc de l’endroit critique.
Alors, parlons-en de cette crevasse ! Quelle était sa grandeur ?
Nous pouvons assez facilement comparer le Mont Blanc du Tacul (1re montagne dans la voie des trois monts) à une bonne pente de ski. Alors, nous parlons ici d’une crevasse 1 à 2 mètres de largeur, perpendiculaires à la pente sur plus de 50 mètres, d’une profondeur initiale de 4 à 5 mètres avant de s’engouffrer dans la montagne avec une pente intérieure de 45 % sur une longueur de 15 à 20 mètres. C’est facile à visualiser non !!! En gros, pour des profanes comme nous qui venant tout juste de s’autoproclamer " alpiniste ", c’est immense !
Toujours est-il qu’après plus de 12h00 de travail, nous arrivions au haut du Mont Blanc du Tacul, la dernière portion avant d’atteindre notre refuge. Cette section à un ange de près de 70 % et l’heure tardive devenait de plus en plus problématique. Il faut savoir que pratiquement tous les jours en fin d’après-midi, dû au micro climat à cette altitude, il y a une tempête de neige et de grêle qui dure généralement moins de 1 heure, mais qui est souvent très intense. Comme dans le film " The perfect storm ", les astres étaient vraiment alignés contre nous. À l’approche de la crevasse, la tempête, la grêle et la brume se sont acharnées sur nous. Pourquoi la tempête a déferlé sur nous à cet instant précis ? La question reste ouverte.
Il faut savoir que lors d’ascension sur une montagne enneigée ou sur un glacier, les alpinistes travaillent continuellement en cordée qui comprend généralement 3 à 5 personnes, attachées entre eux par une corde à la ceinture. Notre expédition comportait 3 cordées distinctes. Line avait la 1ere position, j’avais la 2é tandis que Laurent avait la 3é position sur notre cordée. Ayant Laurent comme " leader du groupe " dans notre cordée, il était normal que nous prenions les devants à l’approche de la crevasse. Après avoir aperçu ce que je considérais comme étant pratiquement l’entièreté de la crevasse sur la droite, nous avons cru bon de descendre cette section de montagne en bifurquant tout simplement sur la gauche. Il faut se rappeler que la tempête faisait rage et que le temps disponible avant la noirceur était assez limité. En utilisant une technique qui consiste à dégripper la montagne (c’est comme grimper une échelle, mais en descendant), notre cordé a ouvert le chemin. Nos crampons et notre piolet travaillaient parfaitement, la descente était stable et nous pensions raisonnable que le fait de bifurquer sur la gauche nous avait fait contourner la totalité de la crevasse. Erreur majeure qui aura des implications plus tard. Nous nous dirigions donc allégrement vers le gouffre sans vraiment nous en rendre compte. Il nous est plus facile de le voir après coup, mais l’enlignement des deux premiers de cordée était un peu décalé ce qui s’avéra significatif dans la suite des événements.
Comme dans un bon film d’aventure américaine, ce qui devait arriver arriva. La neige céda sous le poids de Line et moi. Nous sommes littéralement tombés dans le vide. Pour les profanes, il faut savoir qu’une cordée a par définition, une corde qui relie tous les membres entre eux. Or, cette corde sert spécifiquement à la sécurité lors de ce genre de situation qui n’arrive par chance qu’occasionnellement.
Une telle situation est tout de même assez " normale en alpinisme " sauf que généralement, un seul membre de la cordée tombe dans la crevasse et les autres membres n’ont habituellement aucune difficulté à le retenir avant qu’il atteigne le fond de la crevasse. Comme Line et moi étions un peu décalés (la forme de L plutôt qu’un I), nous sommes tombés simultanément dans le trou. Avec une cordée de seulement 3 personnes, comment la dernière personne aurait-elle pu retenir longuement 2 personnes suspendues dans le vide ? Voilà une question intéressante qui restera par chance ouverte. Line a eu la chance de tomber sur un " pont de neige " de 2 mètres qui couvrait pratiquement l’entièreté de l’ouverture de la crevasse. Ce petit amoncellement de neige lui a permis de rouler sur la lève inférieure de la crevasse et ainsi d’aboutir de l’autre coté de celle-ci. Par le fait même, Laurent n’avait qu’une personne à retenir et cette personne, et bien, c’était moi.
Voici le topo : la tempête faisait rage, la grêle tombait très fort, il y avait une brume omniprésente et j’étais littéralement suspendu dans le vide, accroché à la taille dans une position similaire à un hamac, avec mon sac à dos qui me tirait vers le bas et retenu simplement par Laurent. Jusqu’à présent, plus de peur que de mal pour moi, mais aussi pour le groupe puisqu’un accident avec blessé en montagne crée un gros problème pour tout le groupe.
Même si tous les éléments étaient contre nous, nous avons eu tout de même la chance que la chute de Line se soit terminée de l’autre côté de la crevasse dû au fameux pont de neige. Il m’était donc facile de parler à Line, qui elle pouvait parler à Laurent, qui de son coté pouvait informer le reste du groupe qui se trouvait plus haut sur la montagne. Cette situation assez particulière avait comme avantage de rétablir les communications entre nous et de " stabiliser les émotions de tout le groupe ". Il nous restait " simplement " à trouver des solutions pour me sortir du pétrin.
Suspendu dans le vide par la corde à ma ceinture, j’ai eu besoin de quelques secondes pour réaliser la fâcheuse position où je me trouvais. J’ai eu par la suite tout le loisir d’analyser ma position et de comprendre les paramètres importants. De ma position, il m’était impossible de voir mes coéquipiers, mais je pouvais tout de même comprendre que Laurent travaillait très fort pour me retenir (sinon, j’aurais été dans le fond du trou) tandis que Line n’avait pas de problème majeur, car elle était tombée à l’extérieur de la crevasse. De plus, j’avais la chance de pouvoir pratiquement toucher avec mon pied droit une des parois de la crevasse. Avec mon bras, j’étais pratiquement capable d’accrocher mon piolet sur un côté glacé de la paroi. Il me fallait donc prendre un peu de hauteur, simplement quelques centimètres et le tour était joué. En faisant part de la situation à Line, qui de son côté parlait à Laurent, nous avons convenu avec celui-ci de travailler très fort pour me remonter quelque peu ce qui a été fait. À près de 200 lb, ce n’était certainement pas facile pour lui de me remonter, mais bon, avec l’adrénaline …. Il ne m’en fallait pas plus. Ce petit jeu m’a permis de balancer sur moi-même pour atteindre avec mon piolet une section plus glacée. Quelques secondes plus tard, je pouvais sortir en grimpant simplement la paroi de glace.
Il est difficile d’évaluer la durée, mais je pense que de la chute à la sortie du trou, il s’est passé approximativement 2 minutes. Pour ce qui est des versions de Laurent et Line, ils pensent plutôt que le tout a durée près de 6 minutes. Qui dit vrai ! Durant ce laps de temps, en plus de faire toutes les étapes mentionnées auparavant, il y a eu une petite voie intérieure qui me disait de dédramatiser la situation, car cette situation aurait d’une façon ou d’une autre un effet majeur sur le groupe. C’est pour cette raison que lors de ma sortie du trou, Line a mentionné que j’avais un grand sourire et un air " très cool ". De mon côté, j’avais la certitude que tout autre comportement aurait eu le désavantage de créer une immense tension dans le groupe. Nous en avions déjà assez et de plus, il nous fallait encore faire passer les 8 autres membres par-dessus la crevasse. Avec l’immense expérience en montagne de Laurent et Martin, la compétence des autres membres du groupe, un peu de sang-froid et plus d’une heure, nous avons finalement passé cet endroit et le reste de la montagne sans trop de problèmes.
Chaque personne vit différemment ce genre de situation. Nous pouvons le voir en analysant ce qui aurait pu nous arriver de plus grave, d’autres le voient d’une façon plus zen tandis que certains pourraient essayer de pointer des responsables. Je pense qu’en général, les membres du groupe sont capables de prendre du recul et de rester sereins dans leurs réflexions. Tous et chacun modifieront certainement un peu leurs prochaines expéditions en tenant compte de cette expérience et c’est cela qui est important.
De mon coté, je mets simplement cet événement comme étant une expérience de plus dans ma vie et je passe simplement à autre chose. Mes prochaines aventures de montagne auront certainement un volet sécurité accrue, mais rien de plus. Je dois avouer que le fait d’avoir assez bien contrôlé mes émotions durant ce court laps de temps me réconforte grandement.
Je terminerai simplement en mentionnant quelque chose d’anodin, mais tout de même assez spécial. Comment interpréteriez-vous ce commentaire que quelques membres du groupe m’ont mentionné suite à indident:
Nous sommes chanceux que ce soit toi qui sois tombé dans la crevasse ! Poser la question, c’est peut-être y répondre.
Bye
16h29... C'est le calme après la tempête... Voici une partie de la fameuse crevasse. Au moment où cette photo a été prise, il ne restait qu'un membre à faire passer soit Martin T et il la sauta très facilement... Il ne nous restait maintenant qu'à rentrer au bercail.
Pour ma part, ce fût une semaine où j'ai acquis beaucoup d'expérience en montagne: progresser avec crampons et piolet, apprivoiser une cordée, la température, les crevasses, etc. Étant pompier dans ma vie professionelle, j'ai vécu différentes situations qui sortent de l'ordinaire au fil des années mais je peux vous dire que la montagne m'a fait vivre des émotions assez intenses. Suite à cette expédition, j'ai pris conscience du danger de la montagne, c'est peut-être la maturité???? Ou le fait que je veux vivre jusqu'à 120 ans, construire une maison et fonder une famille???? Mais dans tout les cas, c'est dans ma nature de me dépasser, c'est vital et je vais continuer de faire de la montagne (je vous annonce en primeur que j'attaque l'Elbrouz le mois prochain). Dans la vie, il y a des choses que je ne contrôle pas mais d'autres sur lesquelles j'ai de l'emprise; en effet, on ne peut prévoir la fatalité mais que ce soit en escalade (un nouveau sport pour moi) ou en alpinisme, la sécurité doit être prédominante pour éviter des catastrophes afin d'être serein tout en vivant des situations qui me font vibrer, évoluer...
On peut apercevoir le refuge au loin...
Une fois rendus au refuge, notre plan consiste à manger et à se coucher. Le départ est prévu ce soir dans la nuit de vendredi à samedi à 2h00 AM. J'ai de la misère à trouver le sommeil, je suis fébrile, j'ai hâte de partir, je me sent prêt.
Samedi, 4 juillet 2009
Il est 2h00 du matin, le ciel est clair, les prévisions météo sont de notre bord, c'est positif, on part dans quelques instants. Derniers petits ajustements du sac à dos, des crampons et du baudrier. On s'encorde et ça y'est!!! C'est le grand départ!!! On a huit heures maximum pour atteindre le sommet, on a comme consigne de rebrousser chemin à 10h00 peu importe l'endroit où l'on se trouve dans la montagne par mesure sécurité afin d'éviter les orages électriques d'en fin d'après-midi et d'éviter de se mettre dans le trouble. On marche à la lueur de nos frontales, plusieurs randonneurs nous précèdent, on peut apercevoir plein de petits points lumineux qui cheminent vers le haut, c'est beau à voir.
L'aube se pointe à l'horizon, enfin de la lumière naturelle. Quel spectacle!!!!
L'aube se pointe à l'horizon, enfin de la lumière naturelle. Quel spectacle!!!!
J'apprécie le spectacle!!!!!
On s'approche de notre objectif... Un pas à la fois!!!!
Au sommet du Mont Maudit...
(Rire!!!) Sans le savoir, il nous restait au moins 3 heures de marche pour atteindre le sommet...
À cette hauteur, le manteau en duvet était nécessaire...
Martin P, Denis et Martin T... Pendant une pause...
Notre progression vers le zénith... Nous sommes dans une bulle...
9h30 LE SOMMET... ENFIN!!!! QUEL BEAU COMBAT!!!
Des risques d'avalanche nous avaient empêché d'atteindre le sommet du Cotopaxi en Équateur en 2007 mais là on y est mon J-F...
Laurent, Lyne et Gaétan...
VICTOIRE!!!!
L'ÉMOTION!!! LA JOIE...
Laurent pose fièrement avec le drapeau de la fondation Santé Globale. Chacun d'entre-nous a déboursé pour appuyer ce programme qui permet à des jeunes de développer l'ensemble de leur personne tant au plan physique, intellectuel, social qu'affectif.
Cordée de quatre: Martin P, Martin T, Denis et moi-même...
Cordée de trois: Martine, François et J-F...
Cordée de trois: Lyne, Laurent et Gaétan...
BRAVO!!!!! À TOUT LE MONDE...
C'est bien beau tout ça, mais il faut revenir... On n'était pas sorti du bois...
NOTE AUX LECTEURS : Il faut retenir que ce texte n’a pas pour objectif de mettre l’emphase sur la pertinence des décisions prisent durant notre ascension. Il serait trop facile de jouer au " gérant d’estrade ". Il n’y a pas eu de blessé, tout le monde est revenu sain et sauf. Tout est parfait.
LA MONTAGNE ET LA CREVASSE
Alors, quand on parle d’ascension de montagne, il nous vient souvent des images comme l’arrivée au sommet, la joie commune, une vue à couper le souffle sur un immense horizon et rarement les avalanches et les crevasses. Exception faite des avalanches, notre groupe a eu le plaisir de connaître le plaisir d’atteindre le sommet et les problèmes de crevasse, le tout dans la même journée. Laissons donc à Stéphane le plaisir de vous parler de l’ascension elle-même et consacrons-nous plutôt à l’autre volet soit la fameuse crevasse. Pour tout vous dire, depuis notre retour, mes amis ont pris l’habitude de m’appeler " la crevasse ou bien la craque ". Quelle marque d’amitié venant de mes amis montagnards.
Première interrogation importante ! Que faisait-elle là! Et comment est-elle arrivée là ?
À vrai dire, elle n’y était pas lors de notre monté (vers 3h00 du matin) pour simplement apparaître vers 6h00 du matin. Sachant qu’un glacier bouge sur plus d’un mètre par jour en moyenne, il est facile de comprendre qu’à 15h00, lors de notre retour par le Mont Blanc du Tacul, la nouvelle crevasse était en attente de " ses premiers cobayes ". Durant l’ascension, quelques personnes nous avaient déjà mentionné l’existence " d’une nouvelle crevasse " plus bas sur ce mont sans toutefois nous préciser son endroit exact et encore moins l’ampleur de celle-ci. Nous ne savions donc pratiquement rien de ses paramètres mais il était sûr qu’elle était là à nous attendre.
Comme tout le groupe a atteint le sommet du Mont Blanc, nous avons vécu les joies assez exceptionnelles que cela procure. Aussi intense que soient les émotions, il faut tout de même revenir au bercail ce qui dans notre cas, demandait un travail de 5 à 6 heures. De plus, nous commencions à réaliser que nous devrions traverser à nouveau la section problématique sans toutefois connaître le trajet sécuritaire. Le mouvement du glacier était trop récent pour que les guides de montagne aient déjà refait un itinéraire sécuritaire. Il leur faut quelques jours pour cela. Chaque pas nous rapprochait donc de l’endroit critique.
Alors, parlons-en de cette crevasse ! Quelle était sa grandeur ?
Nous pouvons assez facilement comparer le Mont Blanc du Tacul (1re montagne dans la voie des trois monts) à une bonne pente de ski. Alors, nous parlons ici d’une crevasse 1 à 2 mètres de largeur, perpendiculaires à la pente sur plus de 50 mètres, d’une profondeur initiale de 4 à 5 mètres avant de s’engouffrer dans la montagne avec une pente intérieure de 45 % sur une longueur de 15 à 20 mètres. C’est facile à visualiser non !!! En gros, pour des profanes comme nous qui venant tout juste de s’autoproclamer " alpiniste ", c’est immense !
Toujours est-il qu’après plus de 12h00 de travail, nous arrivions au haut du Mont Blanc du Tacul, la dernière portion avant d’atteindre notre refuge. Cette section à un ange de près de 70 % et l’heure tardive devenait de plus en plus problématique. Il faut savoir que pratiquement tous les jours en fin d’après-midi, dû au micro climat à cette altitude, il y a une tempête de neige et de grêle qui dure généralement moins de 1 heure, mais qui est souvent très intense. Comme dans le film " The perfect storm ", les astres étaient vraiment alignés contre nous. À l’approche de la crevasse, la tempête, la grêle et la brume se sont acharnées sur nous. Pourquoi la tempête a déferlé sur nous à cet instant précis ? La question reste ouverte.
Il faut savoir que lors d’ascension sur une montagne enneigée ou sur un glacier, les alpinistes travaillent continuellement en cordée qui comprend généralement 3 à 5 personnes, attachées entre eux par une corde à la ceinture. Notre expédition comportait 3 cordées distinctes. Line avait la 1ere position, j’avais la 2é tandis que Laurent avait la 3é position sur notre cordée. Ayant Laurent comme " leader du groupe " dans notre cordée, il était normal que nous prenions les devants à l’approche de la crevasse. Après avoir aperçu ce que je considérais comme étant pratiquement l’entièreté de la crevasse sur la droite, nous avons cru bon de descendre cette section de montagne en bifurquant tout simplement sur la gauche. Il faut se rappeler que la tempête faisait rage et que le temps disponible avant la noirceur était assez limité. En utilisant une technique qui consiste à dégripper la montagne (c’est comme grimper une échelle, mais en descendant), notre cordé a ouvert le chemin. Nos crampons et notre piolet travaillaient parfaitement, la descente était stable et nous pensions raisonnable que le fait de bifurquer sur la gauche nous avait fait contourner la totalité de la crevasse. Erreur majeure qui aura des implications plus tard. Nous nous dirigions donc allégrement vers le gouffre sans vraiment nous en rendre compte. Il nous est plus facile de le voir après coup, mais l’enlignement des deux premiers de cordée était un peu décalé ce qui s’avéra significatif dans la suite des événements.
Comme dans un bon film d’aventure américaine, ce qui devait arriver arriva. La neige céda sous le poids de Line et moi. Nous sommes littéralement tombés dans le vide. Pour les profanes, il faut savoir qu’une cordée a par définition, une corde qui relie tous les membres entre eux. Or, cette corde sert spécifiquement à la sécurité lors de ce genre de situation qui n’arrive par chance qu’occasionnellement.
Une telle situation est tout de même assez " normale en alpinisme " sauf que généralement, un seul membre de la cordée tombe dans la crevasse et les autres membres n’ont habituellement aucune difficulté à le retenir avant qu’il atteigne le fond de la crevasse. Comme Line et moi étions un peu décalés (la forme de L plutôt qu’un I), nous sommes tombés simultanément dans le trou. Avec une cordée de seulement 3 personnes, comment la dernière personne aurait-elle pu retenir longuement 2 personnes suspendues dans le vide ? Voilà une question intéressante qui restera par chance ouverte. Line a eu la chance de tomber sur un " pont de neige " de 2 mètres qui couvrait pratiquement l’entièreté de l’ouverture de la crevasse. Ce petit amoncellement de neige lui a permis de rouler sur la lève inférieure de la crevasse et ainsi d’aboutir de l’autre coté de celle-ci. Par le fait même, Laurent n’avait qu’une personne à retenir et cette personne, et bien, c’était moi.
Voici le topo : la tempête faisait rage, la grêle tombait très fort, il y avait une brume omniprésente et j’étais littéralement suspendu dans le vide, accroché à la taille dans une position similaire à un hamac, avec mon sac à dos qui me tirait vers le bas et retenu simplement par Laurent. Jusqu’à présent, plus de peur que de mal pour moi, mais aussi pour le groupe puisqu’un accident avec blessé en montagne crée un gros problème pour tout le groupe.
Même si tous les éléments étaient contre nous, nous avons eu tout de même la chance que la chute de Line se soit terminée de l’autre côté de la crevasse dû au fameux pont de neige. Il m’était donc facile de parler à Line, qui elle pouvait parler à Laurent, qui de son coté pouvait informer le reste du groupe qui se trouvait plus haut sur la montagne. Cette situation assez particulière avait comme avantage de rétablir les communications entre nous et de " stabiliser les émotions de tout le groupe ". Il nous restait " simplement " à trouver des solutions pour me sortir du pétrin.
Suspendu dans le vide par la corde à ma ceinture, j’ai eu besoin de quelques secondes pour réaliser la fâcheuse position où je me trouvais. J’ai eu par la suite tout le loisir d’analyser ma position et de comprendre les paramètres importants. De ma position, il m’était impossible de voir mes coéquipiers, mais je pouvais tout de même comprendre que Laurent travaillait très fort pour me retenir (sinon, j’aurais été dans le fond du trou) tandis que Line n’avait pas de problème majeur, car elle était tombée à l’extérieur de la crevasse. De plus, j’avais la chance de pouvoir pratiquement toucher avec mon pied droit une des parois de la crevasse. Avec mon bras, j’étais pratiquement capable d’accrocher mon piolet sur un côté glacé de la paroi. Il me fallait donc prendre un peu de hauteur, simplement quelques centimètres et le tour était joué. En faisant part de la situation à Line, qui de son côté parlait à Laurent, nous avons convenu avec celui-ci de travailler très fort pour me remonter quelque peu ce qui a été fait. À près de 200 lb, ce n’était certainement pas facile pour lui de me remonter, mais bon, avec l’adrénaline …. Il ne m’en fallait pas plus. Ce petit jeu m’a permis de balancer sur moi-même pour atteindre avec mon piolet une section plus glacée. Quelques secondes plus tard, je pouvais sortir en grimpant simplement la paroi de glace.
Il est difficile d’évaluer la durée, mais je pense que de la chute à la sortie du trou, il s’est passé approximativement 2 minutes. Pour ce qui est des versions de Laurent et Line, ils pensent plutôt que le tout a durée près de 6 minutes. Qui dit vrai ! Durant ce laps de temps, en plus de faire toutes les étapes mentionnées auparavant, il y a eu une petite voie intérieure qui me disait de dédramatiser la situation, car cette situation aurait d’une façon ou d’une autre un effet majeur sur le groupe. C’est pour cette raison que lors de ma sortie du trou, Line a mentionné que j’avais un grand sourire et un air " très cool ". De mon côté, j’avais la certitude que tout autre comportement aurait eu le désavantage de créer une immense tension dans le groupe. Nous en avions déjà assez et de plus, il nous fallait encore faire passer les 8 autres membres par-dessus la crevasse. Avec l’immense expérience en montagne de Laurent et Martin, la compétence des autres membres du groupe, un peu de sang-froid et plus d’une heure, nous avons finalement passé cet endroit et le reste de la montagne sans trop de problèmes.
Chaque personne vit différemment ce genre de situation. Nous pouvons le voir en analysant ce qui aurait pu nous arriver de plus grave, d’autres le voient d’une façon plus zen tandis que certains pourraient essayer de pointer des responsables. Je pense qu’en général, les membres du groupe sont capables de prendre du recul et de rester sereins dans leurs réflexions. Tous et chacun modifieront certainement un peu leurs prochaines expéditions en tenant compte de cette expérience et c’est cela qui est important.
De mon coté, je mets simplement cet événement comme étant une expérience de plus dans ma vie et je passe simplement à autre chose. Mes prochaines aventures de montagne auront certainement un volet sécurité accrue, mais rien de plus. Je dois avouer que le fait d’avoir assez bien contrôlé mes émotions durant ce court laps de temps me réconforte grandement.
Je terminerai simplement en mentionnant quelque chose d’anodin, mais tout de même assez spécial. Comment interpréteriez-vous ce commentaire que quelques membres du groupe m’ont mentionné suite à indident:
Nous sommes chanceux que ce soit toi qui sois tombé dans la crevasse ! Poser la question, c’est peut-être y répondre.
Bye
16h29... C'est le calme après la tempête... Voici une partie de la fameuse crevasse. Au moment où cette photo a été prise, il ne restait qu'un membre à faire passer soit Martin T et il la sauta très facilement... Il ne nous restait maintenant qu'à rentrer au bercail.
QUELLE JOIE!!!
Nous apercevons le refuge vers 18h00... 16 heures de marche aller-retour, nous sommes tous fatigués mais combien heureux...

Dimanche 5 juillet 2009
Dimanche 5 juillet 2009
Nous arrivons dans la vallée par le téléphérique. Enfin de retour à la maison, nous sommes accueilli par nos amis, c'est la joie, la réjouissance. Pour l'occasion, la famille Lussier a concocté de la tartiflette, un mets typique de la haute-Savoie. Ce fût une soirée extraordinaire et festive, remplie d'émotion, de fierté, de reconnaisance.
UN GROS MERCI À TOUT LE MONDE POUR CETTE BELLE AVENTURE QUI RESTERA À JAMAIS GRAVÉE DANS MA MÉMOIRE...
Pour ma part, ce fût une semaine où j'ai acquis beaucoup d'expérience en montagne: progresser avec crampons et piolet, apprivoiser une cordée, la température, les crevasses, etc. Étant pompier dans ma vie professionelle, j'ai vécu différentes situations qui sortent de l'ordinaire au fil des années mais je peux vous dire que la montagne m'a fait vivre des émotions assez intenses. Suite à cette expédition, j'ai pris conscience du danger de la montagne, c'est peut-être la maturité???? Ou le fait que je veux vivre jusqu'à 120 ans, construire une maison et fonder une famille???? Mais dans tout les cas, c'est dans ma nature de me dépasser, c'est vital et je vais continuer de faire de la montagne (je vous annonce en primeur que j'attaque l'Elbrouz le mois prochain). Dans la vie, il y a des choses que je ne contrôle pas mais d'autres sur lesquelles j'ai de l'emprise; en effet, on ne peut prévoir la fatalité mais que ce soit en escalade (un nouveau sport pour moi) ou en alpinisme, la sécurité doit être prédominante pour éviter des catastrophes afin d'être serein tout en vivant des situations qui me font vibrer, évoluer...

1 commentaire:
tu es le meilleur Stef. ^^
bises a vous 2.
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